samedi 29 décembre 2007

Pas le dernier Noël, mais presque


Abominables fêtes pour l'instant. Ma bande et moi avons tous eu une grippe carabinée avec forte fièvre, épuisement, maux de tête permanents, etc...
Ca commence juste à se terminer et il n'est pas impossible que le réveillon du Nouvel An soit envisageable dans des conditions décentes.
Crap ! Une fin d'année à oublier d'urgence.

Cthulhu image, courtesy of Ectomo

lundi 24 décembre 2007

Lumpenprolétariat


Thierry Jonquet est un auteur de roman noir qui a une longue trajectoire politique à l'extrême gauche. Dans "Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte", phrase tirée de Victor Hugo, il tente de réveiller une certaine gauche au lendemain des émeutes de banlieue et de l'affaire Ilan Halimi. Une gauche confite dans l'huile des bons sentiments et de l'angélisme. Une gauche qui s'étrangle quand Jospin dit à Villepinte que la sécurité est un droit fondamental de l'individu et que c'est à l'Etat de l'assurer aux plus faibles, que la sécurité est ce que la société doit à l'individu dans le cadre du contrat social. Une gauche qui, à force de victimisation, justifie toutes les dérives, même les plus barbares. Une gauche qui a oublié que la République s'est construite contre les folklores et les particularismes, et non pas avec eux. Un gauche qui a découvert, horrifiée, que certains enfants d'immigrés ex-colonisés (meilleurs substituts de l'opprimé absolu depuis qu'il est difficile de trouver des prolétaires) étaient de vrais antisémites.
Venons en maintenant au fait ! Dans cet ouvrage Jonquet décrit la dérive hors de l'orbite républicaine de quartiers entiers du 9-3. A travers le trajet de quelques jeunes et de quelques boss de cité, il dépeint la réalité tragique de certaines zones que l'Etat ne contrôle plus qu'à grand peine. Or la nature politique a horreur du vide et quand l'Etat n'exerce plus son autorité il est rapidement remplacé par le plus violent des autochtones ou le plus illuminé des religieux.
Alors certes les personnages du roman sont des archétypes, certes on sent un peu d'aigreur personnelle (mais qui mieux qu'un compagnon de route peut connaître la route afin de pouvoir en parler ?), certes on peut se demander si ce roman, très ancré dans des évènements réels, résistera aux outrages du temps, certes on peut reprocher une noirceur extrême et l'absence de toute voie de salut, mais il est salutaire de rappeler dans un livre que la République ne doit jamais rien céder à des particularismes crpyto-fascistes et que ça passe par l'éducation, une éducation où les enfants devraient trouver autre chose que ce qu'ils y apportent.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, Thierry Jonquet

dimanche 23 décembre 2007

Fragments de rose en hologramme


William Gibson est (était ?) un grand homme. Il a révolutionné la SF avec son premier roman "Neuromancien" qui créa le genre Cyberpunk. La "matrice", représentation sensorielle du réseau de données directement envoyée dans le cerveau humain via une interface neurale, dans laquelle se plongent les pirates informatiques pour des hacks qui peuvent leur couter la vie, est une superbe invention de science-fiction. Il a développé les concepts d'Intelligence artificielle autonome et de constructs (copie d'une personnalité humaine dans un système informatique) - Greg Egan fera, 10 ans plus tard, de la notion de constructs le coeur de son roman "La cité des permutants". Il a enfin imaginé le monde actuel avec une impressionnante clairvoyance alors qu'il a écrit au milieu des années 80. Dans Neuromancien et ses suites il y a les connections mobiles au réseau informatique, l'omniprésence des marques, l'omnipotence de multinationales plus puissantes que des Etats, la banalisation de la pornographie et de ceux qui en font profession, la montée en puissance de l'Asie, l'ultra-violence des gangs, l'innovation permanente en terme de drogues. C'est alors logiquement qu'il a reçu pour ce roman les trois prix les plus prestigieux de la SF : le Hugo, le Nébula, le Philip K. Dick award.
William Gibson est donc un auteur capital dans l'évolution du genre. Aussi il faut saluer l'initiative de "J'ai Lu" qui publie en un seul volume "Neuromancien" et ses deux suites "Mona Lisa s'éclate" et "Comte Zéro", le recueil de nouvelles "Gravé sur chrome" (qui contient la belle histoire d'amour trahi "Fragments de rose en hologramme"), ainsi que des éléments d'analyse. Pour ceux qui n'auraient pas encore lu, c'est une superbe occasion.
Neuromancien et autres dérives du réseau, William Gibson

samedi 22 décembre 2007

Eric Zemmour is a variant 13


Richard Morgan est un excellent auteur de SF. Il est capable d'imaginer des histoires crédibles dont les effets du progrès technique soient les moteurs. En cela il rejoint Jules Verne. Son premier roman, chroniqué ici, utilisait d'une manière extrèmement imaginative le concept de numérisation de la mémoire; dans "Black Man" c'est de modifications génétiques qu'il est question.
Comme William Gibson, qui inventa le Cyberpunk dans l'inégalé "Neuromancien" en intégrant des systèmes informatiques à des hommes, Richard Morgan crée une science-fiction proche de notre temps, moins chatoyante que celle de Gibson mais de fait plus crédible.
Comme son premier roman "Carbone modifié", "Black Man" est un polar. Dans un monde où des expériences de génie génétique sont effectuées en secret par les Etats pour tenter de créer des troupes d'élite, sous le contrôle d'une ONU qui tente de les en empécher, une série de meurtres sans liens apparents est commise par une chimère génétique, revenu de Mars dans des conditions atroces mais caractéristiques, un variant 13, produit d'un laboratoire militaire aux caractéristiques de male alpha conçu pour servir de troupe de choc, est soupçonné d'être à l'origine de ces meurtres. Un autre variant 13 est recruté pour l'arrêter. Je ne dévoile rien de plus. Sachez simplement que rien n'est aussi simple qu'il n'y paraît.
Le roman nous montre une Amérique déchirée, un monde où la puissance chinoise est dominante. Il manipule - et le lecteur l'est aussi - les notions d'ambition, de trahison, de secret. Il joue sans cesse sur les notions d'inné et d'acquis, de liberté par rapport à son hardware génétique. Il développe longuement l'opposition entre les variant 13, males dominants agressifs et sociopathes, et les humains standards qui les diabolisent et tentent de les contrôler mais en ont besoin pour mener leurs guerres, car, même si l'agressivité s'éteint, les conflits d'intérêts demeurent. Il décrit des projets de création et d'élevage de variants génétiques dignes de l'opération Lebensborn dans l'Allemagne nazie. Et on se dit alors qu'il y a suffisamment de dictatures sur Terre pour que ce type de programme soit mis en branle. Et on se dit aussi que les services spéciaux des démocraties feront certainement fabriquer par les dites dictatures les chimères qu'ils ne peuvent produire eux-mêmes. Le roman de Richard Morgan ouvre une voie d'interrogation crédible sur l'utilisation du génie génétique. Pour moi, quand la SF encourage une réflexion intelligente sur le monde tout en dépaysant, elle fait son travail.
Black Man, Richard Morgan

lundi 17 décembre 2007

Fluctuat nec mergitur



QUIZZ : C'est quoi cette chose ?

REPONSE : Cellule de Reed-Sternberg, grande cellule de 50µ de diamètre à noyau bilobé avec une chromatine finement réticulée et des nucléoles volumineux et basophiles donnant un aspect en « masque de carnaval » ou « œil de hibou ». Il peut s’agir de cellules de Hodgkin qui sont les précurseurs de la cellule de Reed-Sterberg et ressemblent à de grands immunoblastes au noyau monolobé avec un volumineux nucléole.

J'en ai eu plein dans le corps. Je n'en ai plus aucune. C'est officiel depuis jeudi.
Gromovar 1 - Hodgkin 0

dimanche 16 décembre 2007

Virgin Suicides


Encore une illustration de mon obsession névrotique des voix féminines. Le groupe "Au revoir Simone" est composé de 3 new-yorkaises, comme son nom ne l'indique pas. Elles jouent une musique électronique minimaliste supportant des voix éthérées. Là où Laurie Anderson aurait développé 20 pages de théorie pour rendre sa création intelligible, les "Au revoir Simone" se contentent de jouer avec une grâce extrème. Le tout est très SofiaCoppolesque, évoquant un univers d'ennui adolescent qui se termine par le suicide ou l'acceptation de l'aliénation (quelque chose comme l'avenir inévitable d'une prom queen dans une petite ville de l'Oklahoma). L'univers de Twin Peaks est aussi présent dans cette musique. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si David Lynch est un grand amateur du groupe.
Tant qu'on y est, ça me rappelle aussi beaucoup le premier album cold-wave des Cure, "Seventeen Seconds". Le son est différent, comme l'époque, mais il se dégage la même tristesse désabusée des deux albums.



The bird of music, Au revoir Simone

samedi 15 décembre 2007

Merry X-Mas

Depuis de longues années, je suis un lecteur assidu de la revue Mad Movies. Unique revue de cinéma française dans laquelle on puisse trouver des informations sur des films aux titres aussi improbables que "Tyrannosaurus Azteca", "Histeria" ou "Opapatika", elle est un régal pour le geeképhile.
Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer le début de l'édito du mois en contrepoint de ma liste de cadeau du 10 décembre. Enjoy !

Ah, le mois de décembre ! Les bousculades de la foule lobotomisée dans les grands magasins, les gniards affamés scotchés devant les vitrines des boutiques de jouets, les ados entassés dans les rayons des disquaires tentant d'attraper les dernières compilations de Tokioctonik, les mamies salivant devant des boites de chocolats industriels fabriqués avec de la graisse animale, les jeunes métrosexuels s'arrachant les derniers gadgets high-tech avec rage et détermination... Ne cherchez pas midi à quatorze heures, le scénario ultime de film d'horreur, il est ici !

C'est vrai que, vu comme ça, ça donne envie. Bonnes fêtes quand même !

Freddy Mercury meets Klaus Nomi


Et cela donne la chanson "Space dementia", le meilleur rock symphonique de la décennie (malheureusement récemment popularisée par une publicité, mais au moins c'est un spot pour un produit de luxe). Tout le reste est également excellent (mention spéciale pour Bliss pour lequel le mot excellent n'est pas suffisamment explicite).
Enjoy !



Origin of Symmetry, Muse

Ignoti nulla cupido


Mon rythme de lecture étant un peu chaotique en ce moment, je vais rédiger quelques posts musicaux pour changer. Je ne dirai pas grand chose de mes choix car, si je peux comprendre et analyser la littérature, je ne sais que ressentir la musique. Manque d'apprentissage :-(
Globalement j'aime Wagner, le métal, le punk pour le sentiment de puissance que ça développe, et Chopin, le gothique, le be bop pour la nostalgie que ça engendre. J'aime les compositions complexes, je hais la variété et les musiques noires (funk et ses innombrables dérivés).
En ce moment je me passionne pour les voix de femme. Sofia Coppola a sûrement eu une mauvaise influence sur moi.
Il y a peu, j'ai découvert par hasard Bat for Lashes. Bat for Lashes est le nom que se donne Natasha Khan. Ce qu'elle fait est superbe (même si la photo de la pochette craint à mort). Chaque morceau développe une ambiance différente sur l'album, et tous sont de magnifiques compositions. Essayez des extraits, faites-vous une idée, puis faites-vous plaisir !
Ceci est une vidéo embedded comme en poste mon bon ami APL. Je signale, à titre lexicologique, que embedded (incorporé) est aussi le qualificatif appliqué aux journalistes intégrés dans les unités combattantes américaines en Irak.


Fur and Gold, Bat for Lashes

lundi 10 décembre 2007

Le cauchemar d'Eric Zemmour


Voici le comics qui donne des sueurs froides à Eric Zemmour. Un comics dans lequel "Le premier sexe" est réduit à la portion congrue (et c'est peu de le dire).
"Y the last man" est l'histoire post-apocalyptique du dernier homme (au sens de mâle) sur Terre. Tous sont morts simultanément, victimes d'un évènement inexpliquable, et la Terre n'est plus peuplée que de femmes. Yorick (le survivant pour une fois) se lance alors dans une quête interminable pour comprendre ce qui s'est passé et tenter de donner une chance de survie à l'humanité.
Entre politiciennes tentant de sauver ce qui peut l'être, groupes paramilitaires, pillardes, membres des services secrets, etc..., Yorick se débat pour sauver l'humanité, avec une idée en tache de fond, aller en Australie pour retrouver son amie.
Le graphisme est un peu plat mais le scénario est d'une immense qualité. Dur, cynique et drôle à la fois. Ironie, humour, cruauté, rebondissements, rien ne manque, même pas un matriarcat qui ressemble comme deux gouttes d'eau au vieux patriarcat réactionnaire, ou la paranoïa des militaires qui rappelle furieusement celle de l'état-major dans "Docteur Folamour". Au final nous constatons que les femmes sont vraiment des hommes comme les autres.
Brian K. Vaughan est lauréat du Will Eisner Award, un prestigieux prix récompensant les comics. Il a aussi réalisé l'excellentissime "Pride of Baghdad" dont je vous parlerai sous peu.
C'est en anglais sauf deux volumes traduits que je n'ai pas eu entre les mains.
Y : the last man, Brian K. Vaughan

Cher Papa Noïel

Si même "20 minutes" fait un supplément Cadeaux, aucune raison que je n'en fasse pas un aussi; ma légitimité culturelle est au moins aussi grande.
Comme c'est une première, je ne savais pas trop comment m'y prendre. J'ai donc décidé de vous fournir la liste des cadeaux que je vais faire cette année, car ils sont tous de bon aloi et parfaitement adaptés à leurs destinataires, ce qui explique leur hétéroclitude.
Je suis donc dorénavant ce qu'on appelle en marketing un "prescripteur" (oui, comme votre proctologue) ou un "leader d'opinion", et en psychiatrie un mégalomane.

Cadeaux de bon aloi pour Noël 2007 :

Les 1001 vies de Billy Milligan, Daniel Keyes
Louis XIV, le Roi-Soleil, Max Gallo
Le crépuscule des dieux, t. 1 et 2, Jarry, Djief
Dans la colonie pénitentiaire, Ricard, Maël
Le vampire de Sacramento, Mosdi, Fino
Y the last man, Brian K. Vaughan
Pride of Baghdad, Brian K. Vaughan
Carnet de cambuse : les recettes de Corto Maltese, Pierre
Manuel de survie pour les diners en ville, Ortoli, Eltchaninoff
La nostalgie de l'ange, Sebold
Sony DSC-H7
Caricature BD personnalisée
La boite à gateaux


Copiez la liste ! N'hésitez pas à piocher dedans ! Dites à vos amis que ce sont vos idées ! Régalez-vous !
NB : Pour les jouets, reportez-vous à n'importe quel bon catalogue !

vendredi 30 novembre 2007

N'être jamais seul


"Les 1001 vies de Billy Milligan" est un récit rédigé par Daniel Keyes, l'homme qui avait écrit l'excellentissime "Des fleurs pour Algernon".
Premier homme acquitté aux USA dans plusieurs affaire de viol pour cause de dissociation de la personnalité, le cas de Billy Milligan est fascinant.
Enfant martyre, il a développé, pour se protéger, 24 personnalités distinctes qui prennent à tour de rôle le contrôle de son corps (ce qu'il appelle : être sous le projecteur). A chaque épreuve forte de sa vie est apparue une personnalité nouvelle dont la fonction était de prendre en charge le type de situation auquel Billy était confronté. Ce que nous faisons tous en étant tour à tour courageux, tendre, prudent, violent, lui le fait en donnant le contrôle à la personnalité appropriée pendant le temps nécessaire. Mais là où l'histoire de Billy devient presque fantastique c'est dans le fait que les différents égo (qu'ils appellent ses "habitants") ont partiellement conscience les uns des autres. Ils peuvent parfois communiquer, débattre, exprimer des désaccords. Certains dominent, d'autres sont dominés, jusqu'à être déclarés "indésirables" et donc interdits de prise de conscience. Enfin il peut arriver qu'un égo prenne contre le gré des autres le contrôle du corps pour poursuivre ses propres fins. Cela atteint un tel point que les deux égos dominants (un intellectuel et un violent) neutralisent ("en le faisant dormir") pour plusieurs années l'égo original de Billy car ils craignent son caractère suicidaire.
Le livre de Daniel Keyes décrit d'abord les affaires de viol, l’enquête, les expertises et observations qui conduisent à l'acquittement de Billy ; puis la vie de Billy (ou plutôt de ses égos) est racontée à partir de son enfance ; enfin l'auteur assiste aux tentatives de Billy pour guérir, c'est à dire fusionner ses différentes personnalités.
Au fil des pages se développe une forte empathie pour le personnage torturé et tragique de Billy Milligan, et on en vient à prendre fait et cause pour lui contre ceux qui dans le système judiciaire s'opposent à ses tentatives de réinsertion en arguant de sa dangerosité. On en vient presque à oublier ses victimes, tant il est victime lui-même. C'est en cela que le livre est réussi, il ne laisse pas indifférent, il passionne.
Les 1001 vies de Billy Milligan, Daniel Keyes

samedi 24 novembre 2007

Rayonnant


Quel vilain secret y a-t-il dans le cerveau de Monsieur Egan pour qu'il veuille toujours le reprogrammer ? La modification volontaires des pensées, des sentiments, des goûts, est au coeur des huit nouvelles qui composent "Radieux"; elle était déjà le sujet de l'une des nouvelles d'"Axiomatique".
Deuxième volume de l'intégrale des nouvelles de Greg Egan publiée par Le Bélial, "Radieux" est aussi bon, sinon meilleur, que ne l'était "Axiomatique".
Egan fait partie de ces rares auteurs dont aucun livre n'est "en dessous". Toujours aussi Hard-SF, son propos n'en reste pas moins très compréhensible, et il est même surprenant qu'il parvienne aussi bien à vulgariser certains concepts techniques complexes dans le cadre d'un récit et à les utiliser comme moteur de celui-ci (sauf dans la dernière nouvelle "La plongée de Planck" à laquelle je n'ai rien compris). Nouveau cultes, origine de l'humanité, discriminations, peur de la mort, passion de la connaissance, Egan touche à tout ces thèmes avec la main de Midas. De plus, alors qu'on reproche habituellement une certaine sécheresse à cet auteur, il réussit à créer ici des personnages avec lesquels on peut entrer en empathie (le détective de "Cocon" par exemple), ce qui marque une progression dans son écriture.
Exprimé en newspeak, ce livre est doubleplusgood. Foncez !
Radieux, Greg Egan

Vespasian library


Et un ouvrage de plus pour la petite bibliothèque que je constitue dans mes toilettes.
De l'arrivée dans un dîner jusqu'à la fin de celui-ci, les auteurs nous préparent à briller dans les conversations philosophiques susceptibles de survenir. Le ton est drôle et le contenu apporte une véritable valeur ajoutée. Si vous voulez ne plus dire de bétises sur Zizek, Carl Schmitt (^-^), la déconstruction, les situationnistes ou l'ontologie, entre autres, ce petit opuscule est fait pour vous.
Ce livre est beau et il est intéressant. Les articles font au maximum 3 pages, donc tout à fait lisibles dans les conditions particulières du lieu. Que des qualités.
A acheter pour soi ou à offrir à un honnête homme (ou femme, l'expression utilisée n'impliquait dans mon esprit aucune volonté discriminatoire ni tentative de perpétuation du patriarcat dominateur ;-).
A noter que Sven Ortoli est déjà à l'origine d'un excellent petit ouvrage de vulgarisation sur la physique quantique que j'ai chroniqué .
Manuel de survie dans les dîners en ville, Sven Ortoli et Michel Eltchaninoff

mardi 20 novembre 2007

On ne naît pas émasculé, on le devient


Loin de toute volonté polémique (elle s'est faite seule et sans moi) je voudrais dire deux mots de ce petit opuscule.
"Le premier sexe" dénonce puis explique, ou tente d'expliquer, la "féminisation de la société", à commencer par celle des hommes, mais le sujet central de ce livre est plutôt les conséquences de cette féminisation.
Pour comprendre ce livre il ne faut pas perdre de vue qu'Eric Zemmour est, à la base, un journaliste politique et que, de ce fait, ses préoccupations centrales sont politiques. Que l'épilation masculine l'exaspère c'est une évidence, mais pourquoi est-ce le cas ?
Dans "La notion de politique", Carl Schmitt développe longuement la thèse suivant laquelle le coeur du politique est la discrimination entre l'ami et l'ennemi. Cette discrimination m'a toujours semblé être le moteur de l'Histoire. Les "barbares", éthymologiquement, sont ceux qui parlent par borborygmes et qui ne peuvent visiblement pas être humains comme nous.
Or, tétanisée par la boucherie de 14-18 et le génocide juif, l'Europe a voulu devenir impuissante et n'avoir plus que des amis. Volonté inconsciente sans doute, mais à l'oeuvre depuis tant de décennies qu'elle ne peut être fortuite. Impuissante sur le plan géopolitique, peu active dans l'orientation économique du monde, l'Union Européenne, qui est le dernier avatar de cette civilisation, en vient à théoriser l'impuissance comme une vertu illustrée sans cesse par le recours incantatoire au droit et aux organismes internationaux. Notre civilisation est lettrée et cultivée, or dans l'Histoire ce sont toujours, in fine, les barbares qui gagnent.
L'illustration, pour Zemmour, de ce changement est fournie par la féminisation des valeurs centrales de cohésion. Car, comme l'a montré Freud, là où le père sépare, la mère rassemble (d'ailleurs dans notre monde il n'y a plus de pères, il n'y a plus que des papas, pour les mamans cela fait longtemps que la bascule a eu lieu, il me semblait pourtant que papa et maman étaient de nature vocative). Ce que regrette Zemmour c'est la sexualité active voire "agressive" des hommes qui pouvait ensuite se prolonger dans une préhension active de la politique. Une société d'hommes impuissants ne peut être puissante sur la scène mondiale, dans un monde qui, par ailleurs, n'a pas renoncé à la puissance. Malek Chebel ne dit pas autre chose quand il dit que les nouveaux convertis viennent chercher dans l'Islam sa "virilité". L'Histoire finit de nous quitter et pendant ce temps, l'Europe se satisfait d'elle-même comme un aveugle qui se dirait que, de toute façon, il n'y avait plus rien d'intéressant à voir. Si, comme Zemmour, cette réalité vous afflige, dites-vous qu'il reste un dernier espoir de durer, faute de faire, car nous avons des réserves accumulées, et donc comme l'écrivait Cioran : "Il se peut que l’Europe occidentale ait la chance de connaître une agonie plus longue que prévu !".
Le premier sexe, Eric Zemmour

Spleen


Un superbe livre. Histoire d'amour teintée de fantastique "Le jeune homme, la mort et le temps" narre les derniers jours de vie d'un jeune homme condamné par la maladie qui va réussir à se convaincre qu'il peut traverser le temps pour rejoindre une femme du siècle passé dont la vue d'une photo l'a fait tomber amoureux. Réfugié dans un hôtel de front de mer, aussi en fin de vie, et n'ayant plus rien à espérer dans notre monde, il choisit la fuite vers un paradis entrevu ou rêvé. Tout au long du roman on peut choisir l'interprétation qu'on préfère. A-t-il réussi son pari dément ? Est-il victime d'hallucinations ? Nous ne le saurons jamais de manière certaine.
L'écriture est lente et nostalgique, le jeune homme est poignant, la Californie est triste, et on pense aux Nocturnes de Chopin en lisant (même si le jeune homme écoute autre chose). La couverture est grise et c'est la couleur du livre. Un livre à lire dans le calme.
Le jeune homme, la mort et le temps, Richard Matheson

lundi 19 novembre 2007

Passer sous l'échelle porte malheur


J'avais décidé de créer ce blog pour ne parler que des livres que je voulais recommander. Mais récemment je n'ai vraiment pas eu la main heureuse (on peut même dire que je suis un peu gonflé par mes lectures récentes), alors je vais me faire plaisir en écrivant ce que je pense de "L'échelle de Dionysos".
Ce thriller (?) m'a été recommandé par un ami féru d'ésotérisme et amoureux passionné de l'Italie. Je pense que ces deux penchants ont guidé son choix, et du coup le mien, vers ce navrant ouvrage.
"L'échelle de Dionysos" est un roman qui ne choisit jamais son sujet et oscille en permanence entre plusieurs. Autour d'une enquête assez convenue sur un tueur psychopathe plus ou moins en série, on trouve des socialistes révolutionnaires, une chronique sociale, un flic drogué, un "robot" qui doit être le fils caché de Robby et du Joueur d'échec, une psychanalyse à la Rika Zaraï, une histoire d'amour pénible. Le background oscille entre la mythologie grecque et l'échelle de Jacob de l'Ancien Testament. Les personnages, italiens, ont presque tous des noms anglais, et leurs motivations sont largement invraisemblables. Enfin, cerise sur le gateau inédite à ma connaissance, les 100 dernières pages (25% du livre) sont une narration de tous les évènements qui se sont produits avant le début de l'affaire et qui y ont conduit, au cas où certains lecteurs n'auraient absolument rien compris. L'équivalent d'une voix-off sur 100 pages, vous en aviez rêvé, Di Fulvio l'a fait.
Au final on a un salmigondis deux fois trop long et passablement ennuyeux. Je pense que Di Fulvio a voulu (dé) montrer des choses, faire de l'art symbolique (le plus pompier de tous) et qu'il a oublié que, comme l'a écrit Oscar Wilde et comme je le radote régulièrement, "Art is quite useless".
L'échelle de Dionysos, Luca Di Fulvio

lundi 12 novembre 2007

Je m'en vais, dans ce post, vous narrer "Cape et crocs"


Je profite de la sortie du tome 8 de la série "De cape et de crocs" pour dire tout le bien que j'en pense.
Superbe hommage aux romans de cape et d'épée, cette série propose de vivre de grandes aventures, jusqu'au bout du monde et au-delà, en compagnie de deux héros peu communs : un loup espagnol nommé Don Lope de Villalobos y Sangrin et un renard français, Armand Raynal de Maupertuis. Ces deux gentilhommes vivent des aventures picaresques dans un univers qui évoque celui du XVIIème siècle. Les références sont innombrables au fil des volumes. On pense à Molière, à Alexandre Dumas, à Jules Verne, au Stevenson de "L'île au trésor", à Edmond Rostand, à Cervantès, et j'en oublie sûrement.
Les images sont belles et colorées, les histoires échevelées, beaucoup de dialogues sont en alexandrin (et cela donne un cachet inimitable à la série).
C'est une féérie, c'est un feu d'aritifice.
NB : Les histoires se suivent, ils faut donc les lire dans l'ordre, ce n'est pas Spirou.
De cape et de crocs, Ayroles et Masbou

Le désert des tartares, sauce Kafka


Décidément beaucoup de belles choses sortent en BD. Le développement du marché a pour effet une augmentation du nombre d'oeuvres de qualité, même si leur pourcentage reste stable.
Voici donc un album adapté d'une nouvelle de Kafka, polémique à l'époque (aujourd'hui qui sait encore qu'il exista quelqu'un qui s'appelait Kafka), "La colonie pénitentiaire".
La dite nouvelle est une dénonciation d'une idéologie inhumaine absurdement acceptée et une manifestation éclatante de ritualisme bureaucratique. Elle met en scène un technocrate confit dans l'huile qui applique sans état d'âme une sanction cruelle qui n'a plus lieu d'être. Elle montre comment un monde mort peut perdurer tant que ceux qui le portent en eux sont présents. Elle prophétise l'inhumanité de la Grande Guerre, et l'homme soumis à la machine de métal et détruit par elle. Elle évoque "Le déset des tartares" de Buzatti avec son pauvre personnage de dernier rempart contre la barbarie (l'antienne de l'extrême droite toujours et partout, avec le mépris de l'humanité), elle évoque les ouvriers attachés aux machines qui les dévorent dans "L'écume des jours" de Vian, elle évoque l'idéologie des officiers prussiens qui espéraient se couvrir de gloire en 14.
L'adaptation est excellente, alors ne boudez pas votre plaisir.
Dans la colonie pénitentiaire, Ricard et Maël

dimanche 11 novembre 2007

MOUAIS...


C'est vrai que c'est très noir (et ça j'apprécie).
Ca évoque Blade Runner (et c'est positif).
Mais c'est quand même terriblement stérile.
La profondeur des tombes, Thierry Di Rollo

mercredi 7 novembre 2007

Le téléphone pleure


Un livre que je n'ai pas ramené des Utopiales.
Un livre à lire pour rire, ou à offrir à quelqu'un qui a de l'humour et qui ne vit pas seul.
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Tronchet est le créateur de l'inénarrable personnage de BD Jean-Claude Tergal, citoyen de Rochin, éternellement vétu d'un anorak, quitté par Isabelle, et qui ne s'en remet pas.
Ce roman est la mise en texte de la BD. Et c'est largement aussi drôle.
Loser absolu, Jean-Claude essaie de survivre à la perte d'Isabelle, tout en se livrant à une introspection hilarante pour tenter de comprendre ce qui ne va pas chez lui. Et la réponse est simple : globalement rien ne va chez lui. A titre d'exemple, il ne connaît, pour analyser le monde, que deux catégories de femmes : les mères et les "femmes à poil".
Et, au bout de 175 pages, il commence à envisager l'idée qu'Isabelle ne reviendra pas. Tout Tergal, dans sa suprême bétise est dans ces quelques lignes. Extrait : "L'esprit humain est ainsi fait qu'au bout d'un moment il peut intégrer l'impensable. A savoir, qu'elle ne reviendra pas...Je m'étonne aujourd'hui de caresser cette hypothèse, hier totalement farfelue. Et si Isabelle ne revenait pas ? Bien sûr, je le fais à la légère, ricanant de ma propre bétise, mais je le fais.C'est nouveau. Ainsi il m'arrive parfois...de regarder D'AUTRES FILLES. Avec un sentiment de culpabilité, l'impression d'être un beau salaud. Mais je regarde.
Mentalement, je fais le tour des amies libres. En ayant bien conscience que si elles sont libres, c'est louche. Sur le marché, une jolie fille n'est forcément pas disponible. C'est la loi de l'offre et de la demande. Il faudrait accepter de taper dans le second choix. Et je ne suis pas encore prêt à donner dans le cageot
.".
Je peux au moins livrer ce spoiler : Isabelle ne reviendra pas et Jean-Claude va devoir s'y faire.
Ca se lit vite et c'est drôle. Ne vous en privez pas !
Nous deux moins toi, Didier Tronchet

mardi 6 novembre 2007

Retour du front

Retour des Utopiales hier.
Excellente manifestation.
J'ai obtenu des signatures de tous ceux que je visais dans le post précédent plus Thierry Di Rollo et Richard Paul Russo. 10 dédicaces d'auteurs mondialement connus, c'est très satisfaisant.
J'ai acheté "Axis", la suite de Spin en avant-première.
J'ai acheté "La profondeur des tombes" pour tester l'écriture noirissime de Thierry Di Rollo.
J'ai acheté "10000 litres d'horreur pure" parce que c'est un hommage à la geekerie VHS des années 80 et que c'est donc de ma bande.
J'ai acheté "La nef des fous" de Richard Paul Russo parce que ce qu'il en a dit au cours d'une table ronde m'a séduit.
J'ai assisté à pléthore de tables rondes passionnantes.
J'ai pu dire à Peter F. Hamilton, R. C. Wilson et Ian MacLeod tout le bien que je pensais de leur oeuvre.
J'ai pu apprécier à quel point John Scalzi est un garçon sympathique et drôle.
J'ai testé un excellent jeu de cartes, appelé "Les faiseurs d'univers", qui doit sortir début 2008.
J'ai enfin appris trois choses capitales :
Primo : les auteurs donnent pour leurs couv' leurs meilleures photos et pas les plus récentes; ils sont moins beaux en vrai.
Secundo : 90% des auteurs portent des lunettes.
Tertio : 80% des auteurs portent la barbe.
Conclusion : je sais ce qu'il me reste à faire.

lundi 29 octobre 2007

Trick or treat


Vacances !!!
Je vais profiter de mon temps libre pour filer à Nantes aux Utopiales où seront présents, pour des rencontres et des signatures, une floppée de grands (voire très grands) noms de la SF contemporaine. Dans l'ordre alphabétique (uniquement ceux que j'aime) :
Pierre Bordage
Grégory Benford
Catherine Dufour
Andréas Eschbach
Gérard Klein
Peter F. Hamilton
Jean-Philippe Jarowsky
Ian R MacLeod
Xavier Mauméjean
Robert Charles Wilson

Je frétille d'impatience.

dimanche 28 octobre 2007

L'histoire secrète


Une BD bienvenue qui va enfin réconcilier les conspirationnistes et les socialistes jauressiens (admettez que c'était pas évident).
L'action se déroule en 1913 alors que la Grande Guerre commence à pointer le bout de son vilain nez et elle met en vedette un génie du mal "Tanatos", qui évoque irrésistiblement Fantomas par son art du déguisement et sa centralité criminelle, qui souhaite ardemment qu'une guerre éclate pour en tirer un immense profit financier. Pour cela il doit marginaliser les pacifistes, dont Jaurès qui est l'un des héros de la BD, à l'aide d'une monstrueuse conspiration (quelle emphase !), et il ne reculera devant aucune infamie ni aucune atrocité.
Convard et Delitte, qui avaient réalisé la série du "Triangle Secret", sont décidément à l'aise dans l'uchronie et l'histoire parallèle. Tant mieux pour moi qui adore ce style. Si vous êtes aussi amateur, vous pouvez aussi lire l'excellent "Les puissances de l'invisible" de Tim Powers.
Tanatos t. 1, Convard et Delitte

Trahison


Tome 1 d'une série en 5 volumes (grr !) intitulée Servitude "Le chant d'Anoroer" est excellent dans la forme comme dans le fond.
Le dessin crayonné ocre est très beau. Il évoque les vieux parchemins et est parfaitement adapté au récit médiéval.
L'histoire est complexe, adulte, politique et dure (et c'est rarissime dans la BD); on est proche de la dark fantasy. Une réussite.
Alors bien sûr on regrettera que le volume 1/5 ne développe ni tous les personnages, ni toutes les intrigues mais on pourra se consoler (comme on peut) en se disant que le rythme de parution des BD a bien accéléré depuis que les mangas ont montré le chemin et que la suite ne devrait donc pas trop se faire attendre.
Je n'en dis pas plus car il est trop facile de déflorer l'intrigue lorsqu'il s'agit d'une BD de 60 pages.
Servitude t. 1 , Bourgier & David

lundi 22 octobre 2007

Clair-obscur


"Clara et la pénombre" est le troisième roman de José Carlos Somoza que je lis, et je suis toujours aussi impressionné par l'érudition, le style, l'originalité et l'ambition littéraire de cet auteur.
Ce roman est excellent. Comme dans le très bon "La caverne des idées" que j'ai chroniqué il y a quelques temps, Somoza utilise le roman policier pour tenter des expériences littéraires hors du commun. Clara est une femme-toile dans une société où le summum de l'art contemporain est la peinture sur corps humain, une société où les artistes qui ne peuvent devenir peintres sur corps sont designers et créent des pièces de mobilier utilitaires ou décoratives avec des corps humains. Foutaise d'auteur illuminé ! Pas vraiment. Nous n'en sommes déjà plus très loin. Il n'y a qu'à penser aux performances d'Orlan (qui a fait de son corps une oeuvre), à Gunther Von Hagens qui expose des cadavres plastifiés et tranchés, aux performances de body art en général.
Quand une toile humaine peinte est tuée, est-ce une personne qui meurt ou une oeuvre qui est détruite ? La réponse est loin d'être évidente pour les protagonistes du roman, dont beaucoup manifestent un mépris absolu de l'être humain. Et le fil de l'histoire nous interroge sur l'art, le rôle de l'artiste et sa mégalomanie, l'être humain, son statut, l'usage qu'il peut faire de sa liberté, la puissance des organisations financières et leur amoralité, la création des engouements, etc...
C'est très intelligent. C'est très bien écrit. Il y a bien longtemps que je n'avais rien lu d'aussi original (même si un thème tangent est abordé d'une manière complètement différente par Greg Egan (Et oui !) dans une nouvelle intitulée "La Caresse", présent dans le recueil "Axiomatique") et parfaitement maîtrisé (car sans maîtrise l'originalité n'est que du grand guignol, que les connaisseurs pensent à Flash Gordon ou à Barbarella) Et c'est passionnant de bout en bout, par le monde qu'on découvre (une visite guidée qui va de découverte en découverte de la première à la dernière page) et l'intrigue qui s'y noue. Le poche fait 600 pages, on ne les voit pas passer, et il aurait pu en faire le double avec les thèmes abordés. Superbe !
PS : Le livre s'appelle "Clara et la pénombre" et l'un des grands moments du roman est une exposition Rembrandt. Le premier qui voit gagne un cadeau.
Clara et la pénombre, José Carlos Somoza

jeudi 18 octobre 2007

7 nouvelles de trop


Ted Chiang est un jeune auteur connu et respecté dans le milieu. Il a gagné plein de prix, et pourtant je n'ai globalement pas aimé ce recueil de 8 nouvelles. Sauf une. Et c'est pour celle-là que je vais essayer de vous convaincre d'acheter "La tour de Babylone".
"L'histoire de ta vie" est une nouvelle formellement extraordinaire. L'histoire en deux mots : une linguiste participe à la première prise de contact avec une intelligence extra-terrestre. Elle décrit son patient travail, et parallèlement s'adresse à son enfant à venir à qui elle raconte sa vie future comme des souvenirs. Ce qui est absolument fascinant dans la nouvelle c'est la manière dont les deux récits s'imbriquent et en viennent à reproduire la structure linguistique de la race non humaine avec qui l'héroïne est en contact. Son récit est construit comme le sont ceux qui utilisent la xénostructure. Et ce glissement structurel arrive progressivement tout au long des pages et d'une manière parfaitement naturelle. Roland Barthes aurait sûrement adoré.
C'est donc une histoire extrèmement intelligente dont la mise en oeuvre est parfaite. Après la lecture on ressent un sentiment d'enchantement devant cette réussite.
Alors, bien sûr, un livre pour une nouvelle ça peut sembler cher, mais peut-être que vous, vous aimerez aussi les autres (après tout il a eu plein de prix donné par des gens compétents).
La tour de Babylone, Ted Chiang

Axiomatique


Le pape de la hard-science Greg Egan est au sommet de son art dans ce recueil de nouvelles qui, de plus, est visuellement beau. Premier volume d'une intégrale des nouvelles en trois tomes, dont le second vient de sortir, il offre un panorama saisissant du meilleur de la SF contemporaine. Ainsi, au fil des pages, il interroge l'art, l'identité, la génétique, l'image, la virtualité, d'une manière toujours originale, comme seule la SF peut le permettre, c'est à dire en testant jusqu'au bout des hypothèses d'école. Il s'autorise une nouvelle confrontant solipsisme et empathie. Il conte évidemment des histoires de trous de vers et de fonction d'onde (on est quantique ou on ne l'est pas et lui l'est résolument) qui possèdent une base physique crédible même s'il extrapole les conséquences de ses prémisses pour en tirer une histoire. Le style est sec et direct. Certains le trouvent froid, je le trouve précis, chirurgicalement précis, elliptiquement précis. Je ne peux que conseiller sa lecture.
Axiomatique, Greg Egan

L'avis de Guillaume44


L'avis d'Anudar


L'avis de Cédric Ferrand

lundi 15 octobre 2007

RE-RE-BOF ! BOF !


TOUJOURS PAS DE DETOUR A FAIRE.
The Road, Cormac McCarthy

L'avis de Cédric Ferrand

L'avis d'El JC

RE-BOF ! BOF !


INUTILE DE FAIRE LE DETOUR...LA NON PLUS
Les deux morts de Socrate, Ignacio Garcia-Valiño

BOF! BOF !


INUTILE DE FAIRE LE DETOUR...
Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations, Régis Debray

samedi 13 octobre 2007

Entretien triste avec un vampire


Voici un petit roman passionnant. Prix Rosny Aîné 2005, Prix Bob Morane 2006, Grand Prix de l'Imaginaire 2007, Prix de la SF Française 2007. Joli pedigree. Mérité.
La forme d'abord est une réussite. C'est un récit à la première personne, une lettre qu'une personne envoie à un admirateur. Il contient très peu de dialogues, sauf vers la fin ; on ne connait jamais le nom du narrateur ; celui-ci narre plus les histoires des autres personnages du roman (qu'il a pu reconstituer) que les siennes, ce qui engendre des changements de personnages principaux ; la narration est très étirée. Ca aurait pu être très ennuyeux, et ça ne l'est pas une seconde.
Le fond ensuite. Sans déflorer le sujet je peux dire que ça a trait à l'immortalité ;-) que ça commence par une enquète, que ça se prolonge par un complot, mais surtout que c'est une plongée hallucinante dans le futur pas si lointain de la Terre, un futur noir, pollué (tous les mots désignant une substance naturelle sont en majuscule), violent, désespéré. Un futur dans lequel on meurt ou on vit mal, très mal, sauf si on a la chance de faire partie des happy few à revenus élevés qui peuvent bénéficier des avancées technologiques. Il y a 20 ans le groupe "It's immaterial" avait sorti un album intitulé "Life is hard and then you die". C'est précisément l'impression qui se dégage de ce roman. Le fond (à tous les sens du terme) attire l'âme et hypnotise le lecteur qui est obligé de poursuivre ce qui, sans fond, n'aurait été qu'une morne litanie. Si vous avez trouvé l'Entretien avec un vampire d'Anne Rice light, alors lisez :
Le goût de l'immortalité, Catherine Dufour

L'avis d'El JC

L'avis du Traqueur Stellaire

L'avis de Tigger Lilly

L'avis de Julien le Naufragé

L'avis d'Efelle

L'avis d'Arutha

lundi 8 octobre 2007

A Kantorowicz


"Le double corps du roi" est le second ouvrage d'Ugo Bellagamba que je lis et il est aussi intéressant que le premier d'un point de vue culturel. Mais celui-ci a été écrit à quatre mains avec Thomas Day, et ce dernier apporte le caractère épique et scénique qui manquait à "La cité du soleil". De plus un livre dans lequel on trouve "primogéniture" et "thuriféraire" ne peut pas être fondamentalement mauvais.
Inspiré des travaux de l'histoiren Kantorowicz dans son ouvrage "Les deux corps du roi", le roman illustre (au fil d'une aventure qui débute par l'assassinat d'un roi et se poursuit par la longue quète pour installer un nouveau souverain légitime sur le trône) la thèse de l'historien suivant laquelle la personne du roi est construite par les théologiens, les juristes, et les historiens, comme dotée de deux corps, l'un physique qui est celui dans lequel il vit, l'autre étant le corps social que le roi incarne (le second corps est ici représenté par une armure sacrée dont le contrôle est la source de la légitimité). La maladie ou l'absence du roi rend malade le corps social dans son ensemble et, pour régénérer le corps social il faut régénérer le corps du roi. On peut citer l'"Excalibur" de John Boorman et dire "Terre et roi sont un".
Toujours dans le domaine des références culturelles, la société décrite dans le roman est trifonctionnelle, comme la société indo-européenne traditionnelle décrite par Dumézil.
Le double corps du roi, Ugo Bellagamba et Thomas Day

samedi 6 octobre 2007

Control


Juste deux mots.
Je sors de "Control" et j'en sors abasourdi. Pour tout fan de Joy Division (et j'en suis un grand) ce film est un pélerinage. Mais il est visible avec profit par tout un chacun. Esthétique et glacé il conte la légende noire de Ian Curtis, le chanteur mythique du groupe qui a fondé la cold wave. Poète noir, épileptique, déchiré entre amour et loyauté, il mourra à 23 ans. Evidemment pas de mort naturelle.
Ce film est un gros coup de poing dans la gueule. Fait assez rare, toute la salle a attendu la fin du générique pour se lever et partir. Le retour au réel n'est que progressif.
Allez le voir! Ne le voyez pas en vidéo !
Control, Anton Corbijn

mardi 2 octobre 2007

Une enquétitude


"Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" (qu'on peut trouver en ce moment absolument partout (même dans le rayon Livres de Champion, c'est dire)) est un roman policier qui m'a laissé un sentiment très ambivalent, à tel point que j'ai hésité à écrire quelque chose dessus dans la mesure où j'avais décidé au départ de ne parler que de livres que je conseillais inconditionnellement. Néanmoins je m'y attelle, car c'est le premier roman ségoliste que je lis, et il faut bien que j'en dise quelque chose. De plus, Christina Ricci est en couverture, alors...
Factuellement le roman raconte deux enquètes parallèles et distinctes menées par le même duo formé assez tard dans le fil du récit (au moins à la moitié du livre). L'une porte sur une vieille affaire de disparition et va connaître des prolongements totalement inattendus, l'autre sur les agissements douteux d'un financier (sur laquelle on a peu de détails concrets et dont honnêtement on a un peu rien à foutre).
D'abord le positif : le whodunnit est très bien construit, la progression de l'enquète est très logique sans Deus ex machina. L'histoire de la disparition est donc passionnante et on a vraiment envie de savoir ce qui s'est passé réellement. Comme disent les anglais a real page turner.
Puis le négatif : Primo le style d'écriture est grosso modo celui d'une rédaction de bon niveau avec, de surcroit, des phrases aussi improbables que : "Il retoucha la photo sur son iBook. Pour cela il utilisa le logiciel Photoshop édité par la société Adobe" ou "il choisit d'acheter le nouvel iBook avec ses 64 Mo re Ram et son disque dur de 400 Go". Ca ressemble à du product placement mais ça n'a même pas l'excuse d'en être. Secundo toute l'enquète financière n'a aucun intérêt et elle occupe quand même un bon tiers du livre. C'est juste un délire idéologique sensé décrire un journaliste intègre en lutte contre les puissances d'argent (sic).
Enfin mon pathos, le ségoliste : On se souviendra que Ségolène Royal passait son temps à prendre pour modèle les "pays scandinaves" (je cite). Et bien, après avoir lu un roman scandinave, je me félicite que nous n'en soyons pas. Impossible de resentir un tel décalage culturel en lisant un autre roman européen. Ce roman suinte l'idéologie par toutes ses pores. Chaque partie du livre commence par une statistique sur les violences faites aux femmes placées en exergue (c'était l'un des chevaux de bataille de Ségo) ; le thème des violences faites aux femmes est d'ailleurs présent de manière obsessionnelle dans le roman (à commencer par le titre) ; l'image donnée de la vieille famille de capitalistes suédois est banalement caricaturale (on retrouve la fantasme habituel des riches et puissants qui sont des pervers sexuels) ; on découvre un monde qui n'est pas le nôtre, avec des valeurs de conformisme social imposées par la société, par le biais de tout un système d'institutions dont la mission (au sens religieux du terme) est d'assurer la stabilité du système (ça m'a fait penser à Mortelle de Christopher Franck, pour ceux qui ont eu la chance de le lire); on a droit à un peu d'anti-fascisme qui fait parfaitement incongru dans la mesure où les seuls "fascistes" du livre sont morts ou cacochymes et gateux (mais ça signe l'écrivain engagé) ; le héros fait de nombreux allers-retours de 3 heures en train (ça c'est écologiquement correct) mais il a quand même son permis de conduire, ce qui lui permettra d'emprunter une voiture quand il faudra accélérer ; l'inquiétude est palpable lors de la commission d'actes "borderline" tel que du piratage informatique (pour des gens aussi bien formatés il est MAL de violer la loi) ; le héros accepte d'aller trois mois en prison sans se défendre parce qu'il a été condamné dans une affaire de diffamation et qu'il estime ne pas avoir de moyens de contre-attaquer, de plus il prend un certain plaisir à son séjour en prison (la joie de la rééducation sociale sûrement) ; le poids de l'opinion, par l'entremise de la presse, est colossal ; etc... J'arrète là, vous en trouverez d'autres
Finalement la seule chose que je voudrais bien qu'on importe de l'idéologie scandinave est leur grande liberté sexuelle, amplement exposée dans le livre :-) Et je me dis qu'en n'élisant pas Ségolène Royal nous l'avons échappé belle. Car comme le dit l'excellente Corinne Maier sur son blog :
"« Le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger de dire », écrivait Roland Barthes. D’où l’intérêt de repérer les mots que nous sommes encouragés ou poussés à utiliser aujourd’hui."
Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, Stieg Larsson

La critique de Cédric Ferrand

L'avis d'Anudar

lundi 24 septembre 2007

Un Univers à 11 dimensions


"L'Univers élégant" est un excellent ouvrage de vulgarisation sur la théorie des supercordes. Brian Greene explique d'une manière très accessible comment cette théorie est mise au point en ce moment même par les physiciens théoriques pour unir la relativité générale d'Einstein et la physique quantique. La théorie d'Einstein décrit bien l'Univers aux échelles énormes qui sont celles des galaxies, la physique quantique décrit, de manière totalement contre-intuitive mais prouvée expérimentalement, comment fonctionne le réel au niveau des particules sub-atomiques. A la jonction des deux échelles, les deux théories donnent des résultats aberrants. Il faut donc une nouvelle théorie pour unifier le tout et obtenir des résultats "normaux". Brian Greene nous décrit les deux théories et leur genèse, les aberrations rencontrées à leur point de contact, et comment celles-ci sont surmontées par la théorie des supercordes. Il n'utilise quasiment aucune formalisation mathématique (et en renvoie quelques-unes en annexes pour ceux que ça intéressent) et use, au contraire, d'exemples absolument triviaux avec des personnages qui marchent, courrent, volent dans l'espace, etc. Et ce qui est fascinant, c'est que ces analogies permettent de parfaitement comprendre son propos, pourtant de haut vol. Personnellement je n'ai décroché qu'à partir du moment où s'est présenté le cas des cordes enroulées autour d'un espace bidimensionnel (ouf !) mais c'est arrivé bien après la moitié du livre et j'avais déjà appris un millier de choses fascinantes (et pour commencer que la compréhension que je croyais avoir de la relativité générale était erronnée ; maintenant elle ne l'est plus). Un livre à conseiller à tous les honnêtes hommes qui veulent connaître un peu de physique théorique. Un livre élégant.
L'Univers élégant, Brian Greene

La note de Guillaume44

vendredi 21 septembre 2007

Awe


C'est le sentiment qu'inspire la lecture de "The Terror". Dan Simmons, qui s'était magnifiquement illustré avec Hypérion et ses séquelles puis avait un peu erré dans diverses oeuvres de moindre importance, revient avec un énorme livre.
Dan Simmons réussit dans "The Terror" le même tour de force que Victor Hugo au début de "L'homme qui rit", dans l'épisode de la traversée. Comme dans son illustre prédécesseur, on sait dès le début comment le drame va finir (The Terror prend pour base un véritable fait historique dont la conclusion est connue), et pourtant on lit avec passion les efforts surhumains d'hommes qui tentent désespérément de survivre, sans jamais se dire qu'il n'y a pas de suspense donc pas d'enjeu. On vibre pour ces forçats attaqués par le froid, la maladie, leur propre bétise, malhonnèteté, orgueil déplacé, et une créature mi-bête mi-démon qui joue avec eux un jeu mortel.
Le travail de recherche et d'écriture de Simmons est remarquable et inspire chez le lecteur l'impression physique d'être dans ces bateaux coincés dans le froid glacial de l'Arctique, de subir le martyre subis par les équipages. Les points de vue changent de chapitre en chapitre avec un narrateur qui s'intéresse à l'un puis l'autre personnage et narre l'histoire avec les intonations que ceux-ci auraient. Une partie du récit est aussi rédigé sous forme de journal et on retrouve là les romans épistolaires du 19ème. Le livre évoque d'ailleurs fortement la littérature du 19ème ; j'ai beaucoup pensé à Mary Shelley par exemple.
"The Terror" est un énorme livre, un magnifique livre, un des livres pour lesquels j'ai décidé de créer ce blog afin de pouvoir parler des chefs-d'oeuvre.
Pour les francophiles, la traduction sortira début 2008.
The Terror, Dan Simmons

lundi 17 septembre 2007

"28 days after" en beaucoup mieux


Voila un livre que je ne connaissais pas et que j'achète uniquement après avoir lu une critique sur le site du Cafard Cosmique qui dit en substance "Ca a l'air nul mais ça ne l'est pas". Il faut vraiment que j'aime beaucoup Mr Cafard et ses acolytes pour acheter un ouvrage sur la base d'un argument aussi court. Et bien, le Cafard Cosmique avait raison.
Récit post-apocalyptique, "Le jour des Triffides" raconte l'histoire, classique dans ce genre d'ouvrage, d'hommes qui tentent de survivre dans un monde ravagé par l'invasion de plantes mortelles et vaguement mobiles, les Triffides. Rien qu'en écrivant ça je me dis : "ça sonne nul". Mais ce qui compte c'est le traitement de l'histoire et il est de grande qualité. Le roman est une réflexion très intelligente (et je souligne le terme) sur les situations de crise, la réaction, face à celles-ci, d'hommes du commun non entrainés, ainsi que de militaires dont la gestion des crises devrait être une spécialité et qui se révèlent presque aussi débordés. Le livre pose la question de la préservation de la civilisation et d'abord de la simple civilité, montre comment se posent des problèmes (que faire des blessés, des infirmes, comment organiser le repeuplement) qui pour nous, hic et nunc, n'en sont pas, éclaire, comme l'ont montré les exactions autour de l'ouragan Katrina, la part obscure de l'humanité, prête à profiter de toutes les situations où le contrôle social se fait plus faible. D'un point de vue politologique c'est un petit livre très intéressant et c'est un roman véritablement distrayant.
Le jour des triffides, John Wyndham

L'avis de El JC

L'avis de Val

dimanche 9 septembre 2007

Mémoire morte


Voici la preuve que Bragelonne ne publie pas que des merdes (même s'ils en publient beaucoup). "Carbone modifié" est un excellent polar de SF. L'intérêt de ce premier roman de Richard Morgan réside dans l'utilisation intelligente qu'il fait des évolutions techniques qui caractérisent l'univers qu'il décrit. Je m'explique. La grande différence technique entre le monde où Morgan a situé son histoire et le notre est la pile corticale. Voyez ça comme une sorte de carte mémoire greffée sur la moëlle épinière qui enregistre votre conscience en temps réel sous forme de données informatiques. Si vous mourrez (et si vous pouvez payer) on récupère la pile, on crée un corps cloné, et on branche la pile dessus, ce qui fait que vous êtes de retour. L'idée n'est pas neuve, William Gibson avait créé le concept de construct (personnalité virtuelle basé sur des enregistrments réels et existant dnas un système informatique ; imaginez dans votre PC un programme qui puisse simuler votre Mémé). Mais Morgan utilise de manière très futée tout le potentiel de cette technique. On ne fait pas que ressusciter, ça n'aurait pas beaucoup d'intérêt, la pile corticale a quantité d'applications tout à fait intéresantes pour la progression de l'enquète. Un seul exemple (lisible sur la 4ème de couv' donc je ne livre aucun secret), le début de l'histoire : Takeshi Kovacs est engagé par un riche magnat qui lui demande d'élucider sa propre mort récente. Au vu des faits la police a conclu a un suicide. Mais pourquoi se suicider quand on sauvegarde sa pile 1 fois par jour pour pouvoir ressusciter en cas de décès ?
Carbone modifié, Richard Morgan

L'avis de Lhisbei

L'avis de Cédric Ferrand

L'avis de Tigger Lilly

Desert Shield


Troisième volume du cycle commencé en français par "La cité de perle" et "Transgression" (chroniqués plus bas), "The world before" est toujours de grande qualité. Je viens de le terminer en anglais parce que je n'avais pas envie d'attendre la traduction, mais ça doit être publié avant la fin de l'année chez Bragelonne (qui ne publie donc pas que des merdes) pour ceux qui préfèrent le français (les rares qui le maîtrisent encore un peu).
L'interrogation sur le rôle des journalistes en temps de guerre, le jeu du ressentiment dans les conflits (ressentiment auquel marc Ferro vient de consacrer un excellent ouvrage), le destin rencontré par les entremetteurs, la question du droit ou du devoir d'ingérence, le jeu ambigu des troupes venues aider et qui s'installent, etc. Tous les thèmes abordés dans ce livre me ramènent inéluctablement à l'actualité, aux différents conflits qui parsèment ou ont récemment parsemé la planète, le tout agrémenté d'une histoire d'amour particulièrement étonnante et difficile à gérer.
Dans la précédente chronique de ce cycle j'écrivais que Karen Traviss était journaliste de guerre et que ça se sentait ; je pense maintenant que seul un journaliste de guerre pouvait écrire ce cycle. C'est fascinant. Foncez !
The world before, Karen Traviss

La critique de El Jc

mercredi 5 septembre 2007

Hashishin


Une BD ou, comme disent les américains pour faire riche (et accessoirement créer un champ légitime de production culturelle, dommage que Bourdieu ne voit pas ça), une graphic novel. La différence entre les deux, à la louche, c'est qu'une BD c'est quelconque et une graphic novel c'est bien. On peut lire des graphic novel ET Télérama.
Ceci dit Persepolis est une oeuvre de grande qualité. Traitée en noir et blanc avec un trait dépouillé et naïvement réaliste l'intégrale est un énorme pavé de plus de 300 pages, passionnant de bout en bout. Dans cette autobiographie, la révolution islamiste en Iran est vue à travers les yeux d'une petite fille qui grandit dans les premières années du nouveau régime. Cette petite fille rebelle devra quitter l'Iran pour pouvoir s'épanouir, puis y reviendra, avant de repartir définitivement tant la vie en Iran est étouffante.
Chronique de la vie quotidienne dans une dictature, Persepolis est instructif et émouvant. Il nous remet en mémoire des évènements de notre histoire contemporaine trop vite oubliés. Je le recommande.
Grand merci à mon Isabelle qui a eu l'idée de m'offrir ce livre.
Persepolis, Marjane Satrapi

Rentrée

Je découvre mes nouveaux élèves (ils ont tous l'air gentils, la première semaine). Plus de boulot, moins de temps libre. Je vais moins lire, mais je réduirai le moins possible.
Je travaille le samedi matin et ça c'est vraiment chiatique. Merci au concepteur de mon emploi du temps.

dimanche 26 août 2007

Virée à Paris

Retour début septembre.
Dans l'intervalle, évitez la rentrée littéraire !
Toutes ces autofictions de bobos français qui s'examinent le nombril à la loupe et supposent que leur nombril intéresse quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes, ça pue.
Et je ne dis rien des romans qui veulent témoigner de quelque chose, quoi que ce puisse être. Ils oublient que, comme l'écrivait Oscar Wilde, "Art is quite useless". Quand un roman témoigne, il devient un tract et perd toute légitimité à se dire littérature.

A+

PS : Je viens de commencer en anglais le tome 3 des "Guerres Wess'har" et c'est toujours excellent. Ce n'est pas français, ce n'est pas nouveau, mais je dis comme William Hazlitt "Je déteste lire des nouveaux livres".
Voir à ce sujet l'excellente chronique de Roger-Pol Droit dans le Monde des Livres du 24 août.

samedi 18 août 2007

Ananké




Histoire de la vie d'un cadre new-yorkais désabusé qui se jette à corps perdu dans une forme d'auto-destruction, "Le démon" est un livre très fort en ce sens qu'il implique complètement le lecteur. Impossible de ne pas vibrer aux errances de Harry. Et c'est le style cru et direct (la premier paragraphe du roman est de ce point de vue un filtre à lectorat) de Selby qui provoque cet effet. Tendue, restreinte, sous pression, l'histoire progresse d'une manière inéluctable et le style nous y plonge au coeur. Le lecteur vit avec Harry, dans ses pensées, ses motivations, ses faux-semblants. Il vit dans sa quète sans fin où chaque succès n'est qu'un palier vers une suite (fuite ?). Harry évoque immanquablement un accro à l'héroïne qui ne peut s'arréter, et qui ne cesse de se dissimuler, de mentir aux autres et à lui-même avec un certain succès, jusqu'à ce que même le mensonge ne soit plus matériellement possible. Harry se détruit lentement, méthodiquement, avec un succès certain. Quand au récit, il évoque une tragédie grecque dans la manière dont il avance vers son dénouement.
Une lecture très impliquante émotionnellement.
Le démon, Hubert Selby Jr.

mercredi 15 août 2007

Curiosity killed the cat




Encore du Peter F. Hamilton, vraiment j'adore. Deux tomes en anglais, évidemment 4 en français. Mais je ne dis plus de mal des éditeurs depuis qu'on m'a expliqué que la découpe permet d'amortir les frais de traduction. Donc si vous voulez économiser vous n'avez qu'à lire en anglais comme moi ;-)
Nouvel énorme space opera d'Hamilton, celui-ci se passe dans un monde qu'on pourrait qualifier de SteamSF (comprenne qui pourra !). Le steampunk est un style de roman situé dans une époque victorienne alternative et plus avancée que la nôtre technologiquement. Alors pourquoi "L'étoile de Pandore" est-elle du SteamSF (concept que je viens de créer) ? Parce que c'est un space opera victorien. L'humanité vit sur environ 600 planètes disposées en sphère autour de la Terre et cette entité politique porte le nom de Commonwealth. Ces planètes sont reliées entre elles par des trous de vers stabilisés (il est là le quantum leap technologique) qui servent de portes (pour les béotiens imaginez les portes de Stargate ouvertes 24/24). A travers ces portes court un réseau de rails sur lesquels roulent des trains de marchandises ou de voyageurs. Les trains passent la porte et se retrouvent dans la gare d'arrivée, à plusieurs années-lumières du départ. On est très proche de l'image du monde au 19ème siècle avec l'Angleterre au centre du commerce mondial. La distance à la Terre est d'ailleurs un facteur de faible vitalité économique car les planètes les plus lointaines sont les plus récemment colonisées (donc les moins développées) et celles pour lesquelles les coûts de transport sont les plus grands. Ce sont aussi les moins importantes politiquement et cela aura une influence dans le déroulement de la guerre. Car comme dans tout space opera il y aura une guerre, causée par la curiosité excessive des humains. En revanche la nature de l'adversaire et ses motivations sont particulièrement originales. Faudra lire pour savoir. Je passe sur quantité d'autres thèmes traités, car ceux qui ont déjà lu du Hamilton savent qu'il lance quantité de fils parallèles tous utiles à la résolution de l'histoire, souvent sans jamais se croiser, car toute grande victoire est faite d'une multitude de petites décisions.
Tout est sorti en français donc vous pouvez vous ruer.
L'étoile de Pandore, Peter F. Hamilton
Judas déchainé, Peter F. Hamilton


L'avis de Mr Lhisbei

Thomas Day at the end of time




Un recueil de nouvelles de Thomas Day qui fait immanquablement penser à Moorcock. 6 nouvelles, dont 3 excellentes. Je vais parler seulement des 3 excellentes parce que je suis feignant.
"Une forêt de cendres" est sans doute la plus caractéristique du style en général associé à Thomas Day. Violente, noire, cynique, elle se situe dans un monde qui est en passe d'être détruit par le Chaos et se donne pour héros un noble sanguinaire et fou. On peut penser à l'univers d'Hawkmoon. En tout cas, c'est à ça que j'ai pensé.
"La notion de génocide nécessaire" est sans conteste la meilleure. Thomas Day y fait montre d'un grand humanisme, et il y décrit à merveille l'engourdissement de la sensibilité causé par l'excès d'information ainsi que le cynisme criminel des occidentaux qui poussent la notion de raison d'Etat jusqu'à la justification du génocide, pourvu qu'il soit un genocide sans haine. Cette question du rôle de l'information et de la responsabilité des relais est aussi centrale dans la nouvelle "L'erreur", sorte de Pulp Fiction littéraire à la fin un peu trop elliptique à mon goût. L'idée était aussi présente dans "Génération X" de Douglas Copeland. Que du bon donc.
"Le démon aux yeux de lumière" est une sorte de créature hybride entre Elric de Melniboné et un démon du jeu "In nomine satanis" (c'est à dire très puéril et très peu hiératique). Responsable de la destruction du monde, il va le régénérer et commencer un nouveau cycle. Elric meurt, lui deviendra mortel. Parenté évidente. Cette nouvelle est peu sérieuse mais elle est vraiment drôle pour peu qu'on la lise au second degré (et qu'on ait de l'humour si on est une femme, quoique elle finira par arriver à ses fins), elle termine en tout cas bien le recueil sur une note légère et optimiste.
Last but not least. La bande-son est excellente tout au long du recueil.
Sympathies for the devil Redux, Thomas Day

vendredi 10 août 2007

Le nombre d'or




Ugo Bellagamba est un universitaire et ça se sent. Nul autre n'attacherait autant d'importance aux grades dans un récit. Son style est dépouillé. Est-ce même un style ? Mais lire "La cité du soleil" n'est pas déplaisant, au contraire.
Recueil de trois novellas historico-mystiques, cet ouvrage nous invite à des voyages passionnants. La cité du soleil qui lui donne son titre est la cité utopique imaginée par le moine italien Campanella au XVIIè siècle (cité sophocratique parfaite mélant communisme et eugénisme), moins connue du grand (pas si grand que ça) public que l'Utopie de Thomas More. A partir de la quète initiatique d'un chercheur vers cette cité, nous découvrons les écrits de Campanella, leurs parentés et filiations (Bacon est présent, Aristote, Platon, and so on...), leur historicité, etc... De plus, cette quète se déroule en Provence et invite aussi à une belle promenade ainsi qu'à quelques découvertes architecturales.
La seconde novella narre l'histoire d'un coup d'Etat révolutionnaire dans un Empire napoléonien vieux de 200 ans et dans lequel Waterloo est une victoire ; et montre comment de vieux mythes ont un fond d'authenticité. Erudite aussi, elle se lit avec autant, sinon plus car moins contemplative, de plaisir que la première novella.
Un ouvrage à recommander.
La cité du soleil, Ugo Bellagamba

mercredi 1 août 2007

Contemplation




"L'âge des lumières" est un beau roman. Le dernier opus de Ian MacLeod n'est pas un grand roman d'action, celle-ci y est lente et parcimonieuse. Mais c'est un grand roman car il est superbement écrit.
Uchronie sise pendant une pseudo-période victorienne, "L'âge des lumières" décrit l'ascencion sociale d'un jeune homme pauvre et ses tentatives de transformation du système, alors que, parallèlement, il cherche la vérité sur la mort de sa mère. On y voit comment le système renaît toujours de ses cendres, sous un autre masque.
Dans une Angleterre où l'éther, une forme d'énergie magique, occupe la place du charbon, le système ultra-hiérarchisé des guildes est source d'autant d'inégalités et d'injustices que le capitalisme naissant a pu en créer au XIXème siècle. De plus le progrès crée des déchets qui s'attaquent d'abord aux humains en les transformant en monstres, premières victimes de la pollution d'un âge "industriel". On pense irrésistiblement à l'Angleterre de Dickens en lisant cet ouvrage à la vue des descriptions colorées et précises des bas quartiers de Londres, de la petite ville minière d'où est originaire le héros, des villégiatures dans lesquelles s'amuse la haute société, loin des contingences du peuple. On vit au rythme des mouvements révolutionnaires "socialistes", semblables à ceux qui émaillaient la vie anglaise de la fin du règle victorien, militant, complotant, préparant la Révolution. La Révolution vient, puis repart. Rien n'a vraiment changé.
Le roman de Ian MCLeod est éthéré comme la matière qui est au coeur de son intrigue. Il rend nostalgique et laisse de très bons souvenirs. C'était déjà le cas pour "Les iles du soleil".
L'âge des lumières, Ian R. MacLeod

mardi 31 juillet 2007

Chroniques du Vieux Royaume




Premier ouvrage publié d'un professeur de lettres déjà auteur de deux jeux de rôles, "Janua Vera" est un bonheur de lecture parce que c'est un joyau d'écriture.
En 7 nouvelles l'auteur nous fait visiter le Vieux Royaume (monde médiéval et, un tout petit peu, fantastique) et pénétrer diverses strates de sa société, des palais du Roi-Dieu aux contrées barbares, en passant par un monastère sinistre ou un village de paysans. 7 histoires aux tons différents, 7 écritures adaptés à l'histoire contée (l'hommage à Terry Pratchett est excellent), et ce qui fait la différence c'est une langue d'une richesse incomparable, une construction intelligente, des images superbes. On prend plaisir à relire les descriptions, à s'y attarder tant elles sont évocatrices. Au fil de son voyage le lecteur découvre progressivement la géographie, les paysages, l'histoire, les croyances, la politique, la culture de ce monde perdu. Le Vieux Royaume se déploit sous nos yeux comme si une fenêtre venait de s'ouvrir sur lui. Ce voyage impressionniste, permis par une maîtrise totale de la langue, ne peut laisser indifférent, à moins d'être une brute.
Jean-Philippe Jaworski travaille maintenant sur un roman. Espérons qu'il sera d'aussi grande qualité et qu'il visitera d'autres territoires du Vieux Royaume.
Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski

L'avis de Munin

L'avis d'Arutha

L'avis d'Efelle

L'avis de Nebal

L'avis de Cédric Jeanneret


L'avis d'El Jc

L'avis de Tiger Lilly

dimanche 29 juillet 2007

Divine décadence




Un cadeau. Je ne l'aurais sûrement pas acheté moi-même, trop contemporain. Et, au final, un immense plaisir de lecture.
Brett Easton Ellis se met en scène dans une version idéaltypique de lui-même en écrivain excessif et c'est particulièrement jouissif. Il se dépeint en homme qui voudrait être un bon "suburban neighbour" mais qui ne peut substantiellement pratiquer que le sexe, la drogue et le rock'n'roll. Comme dans toute autofiction on commence par se demander ce qui est souvenir et ce qui est invention, puis rapidement on s'en fout. Il y a un personnage nommé Brett Easton Ellis qui vit une histoire, et peu importe de savoir à quel point le personnage littéraire est inspiré par le personnage réel. D'autant que les obsessions du héros du livre virent rapidement au métaphysique et au fantastique, dans une intelligente interrogation sur la famille et les névroses qu'elle suscite et imprime en chacun.
Un lecteur d'Amazon a exprimé tout son dégout de ce livre dans un billet titré "Un bel exemple de décadence" ; j'ai envie de répondre, citant une réplique de "Cabaret", "Divine décadence".
Lunar Park, Brett Easton Ellis

samedi 28 juillet 2007

Choisir un bon vin ou un bon médecin...




...c'est le problème concret auquel chacun est confronté régulièrement. Comment se rencontrent l'offre et la demande pour ces produits qu'on qualifie de singuliers car il ne sont ni homogènes ni différenciés, donc hors de tout système d'équivalence ? Dans ce cas les prescriptions de la théorie néo-classique sont de peu d'utilité car, pour ces produits , le prix n'est pas le critère déterminant du choix, et il existe une forte incertitude sur la qualité, loin de la transparence des marchés CPP.
Entre la Nouvelle Sociologie Economique et la théorie des Conventions, "L'économie des singularités" montre comment les réseaux et les dispositifs de jugement dissipent l'incertitude et permettent à ces marchés de ne pas s'auto-détruire et à ces transactions d'avoir lieu, à condition qu'existe un minimum de confiance dans ces palliatifs au commissaire-priseur des néo-classiques.
L'auteur aborde aussi la question de la compétence comme savoir relationnellement transmis, et par là même personnalisé. Il traite des mécanismes de la croyance et de la confiance. Il montre comment les palmarès permettent aux consommateurs de se mettre dans la situation passive de celui qui accepte la prescription "démocratique" du choix majoritaire.
Il y a encore d'autres choses qu'il faudra aller découvrir vous-mêmes. Un livre enrichissant.
L'économie des singularités, Lucien Karpik

lundi 23 juillet 2007

Optimates ou populares ?




Passionnante biographie de César. Appuyée sur une quantité impressionnante de références littéraires souvent opposées, elle nous brosse le portrait d'un opportuniste qui sait profiter des occasions et faire des revers des opportunités. Un homme qui rallie le camp du peuple, alors qu'il est un aristocrate, sans avoir besoin, à l'inverse de Claudius devenu Clodius, de se faire adopter par un populaire pour être perçu comme légitime. Un homme qui choisit les alliés opportuns, et s'en sépare au moment opportun. Un homme qui parcourt la totalité du cursus honorum romain et y ajoute même une marche pour lui. Et surtout cette biographie montre à quel point la vie de César a été une vie de conquètes et de combats passée loin de Rome. Sur l'étendue de sa vie César n'aura passé que peu de temps à Rome et, vu de loin, il semble qu'il ne revienne que pour être assassiné. Loin de l'image de monarque palatial que donne parfois les péplums, cet ouvrage resitue le personnage dans sa réalité historique.
César le dictateur démocrate, Luciano Canfora

C'est pas l'intention qui compte




Pour les Wess'har, habitants indigènes du système de Cavanagh, seul comptent les actes et leurs résultats, jamais les motivations qui les ont sous-tendus. Ce n'est qu'une des multiples différences culturelles qui distinguent les colons humains de leurs "hôtes". Ces différences conduiront insensiblement à une guerre de grande ampleur opposant les êtres humains aux premières civilisations non humaines jamais rencontrées.
Karen Traviss a été pendant des années correpondante de guerre et ça se sent vraiment. Elle décrit à merveille des personnalités aux motivations complexes et des situations qui deviennent vite inextricables par défaut de compréhension mutuelle. Elle crée un personnage de journaliste de guerre (biographique ?) qui poursuit ses propres objectifs malgré, ou grace à, son "embeddment". Elle montre la succession des manoeuvres politiques que doivent servir les militaires. Elle montre comment information et propagande se mèlent. Elle décrit une civilisation non humaine, crédible dans sa culture respectant toute forme de vie, et prète à des anéantissements de grande ampleur pour préserver ne serait-ce qu'une espèce fragile. Elle montre comment les choses dérapent et comment certains dérapages deviennent très vite incontrolés. Elle montre enfin qu'en situation de guerre, chaque protagoniste a une bonne raison d'être là mais que ce n'est que la sienne.
En lisant ce livre on ne peut s'empècher de penser à l'Irak, ou plus encore à l'ex-Yougoslavie.
2 tomes parus en France, 3 non encore traduits (déjà commandés en Angleterre).
La cité de perle, Karen Traviss
Transgression, Karen Traviss


La critique de El Jc

samedi 14 juillet 2007

Justice expéditive




Un dernier pour la route ! Après j'arrête, promis ! Mais, en fait, ce n'est pas un policier stricto sensu alors je suis à moitié absous.
Oxford, quelques années après la dictature de Cromwell. Un professeur est retrouvé mort dans sa chambre, visiblement assassiné. Sa servante est rapidement arrétée, condamnée, exécutée. Suivent quatre longs récits, quatre visions de l'affaire donnée par quatre de ses protagonistes. Au fil de ces narrations, on comprend peu à peu que la réalité est bien plus complexe qu'il n'y paraissait. Et on est émerveillé de constater à quel point une vérité partielle, tronquée, qui est celle de chaque narrateur, est pour lui complète et parfaitement explicative de la totalité des évènements survenus. De quoi réfléchir sur la notion de témoignage.
De nouveau, comme dans Dissolution, le contexte politique est omniprésent. Nous sommes dans la phase de restauration qui suit la dictature, et de nombreuses affaires anciennes sont toujours pendantes et expliquent largement les développements de l'histoire.
L'érudition et l'apport intellectuel amènent "Le nom de la rose" à l'esprit. Ce n'est certainement pas illégitime.
Le cercle de la croix, Iain Pears